
Quand il s’est présenté au poste de maire de Tana, tout le monde a cru qu’il n’arriverait ni à réunir les suffrages ni à lutter contre la triche électorale. Il a emporté le scrutin de très loin (de ma colline pendant le dépouillement j’entendais les “Veloma Rafalo” venus de tous les bureaux de vote en dessous à chaque bulletin pro-Andry) et a coupé l’herbe sous le pied de la commission électorale en publiant lui même sur Viva les résultats collectés par ses observateurs.
Quand il a pris ses fonctions de maire, beaucoup ont pensé qu’il allait allumer le feu en divulguant les dossiers de corruption découverts à la mairie. Il s’est contenté de les garder sous le coude sans chercher à déclencher la bagarre et s’est occupé de gérer calmement les affaires courantes, en délaissant sa boite de pub comme il l’avait annoncé.
Quand la Jirama a coupé le courant en ressortant des impayés de la mairie depuis 1981 beaucoup ont pensé qu’il allait être contraint à la démission. Il a retourné la situation en démontrant que c’était la jirama qui devait de l’argent à la mairie. (personnellement je met cette performance au même niveau que celles de Majax, je reste mystifié)
Quand on lui a retiré toute possibilité de financement tout le monde a pensé que la municipalité allait s’écrouler. Finalement les ordures ont été ramassées, les employés payés et il a bouché les trous dans les rues comme ça s’était pas vu depuis longtemps.
Quand il a lancé un ultimatum au gouvernement à la suite de la fermeture de Viva beaucoup l’ont pris pour un pitre en se demandant de quoi il pouvait menacer Ravalomana. Et beaucoup ont bien ri en découvrant l’arme déployée : une inauguration de jardin public. Bon ils sont moins nombreux à rire maintenant.
Quand il a annoncé la date de l’inauguration beaucoup ont cru qu’il allait se faire embastiller, comme tous les politiciens qui avaient tenté de faire des réunions publiques dans les mois précédents. L’inauguration a rassemblé une foule énorme et la police n’est pas intervenue.
Quand Ravalomana a joué la politique de la chaise vide beaucoup ont cru que le mouvement allait s’essoufler. Le mouvement s’est radicalisé et s’est propagé à la province, les magasins et avions tiko ont commencé à bruler, l’hopital a manqué de poches de sang.
Quand la garde présidentielle a abattu la foule aux mains nues qui galopait vers le palais présidentiel beaucoup ont cru que c’était la fin de la récréation et que l’armée allait mater la révolte. L’armée n’a rien maté du tout, et très logiquement le galop suivant vers le palais ne s’est pas fait les mains nues.
Et aujourd’hui?
Beaucoup continuent à être sceptiques, à penser que Rajoelina va se laisser déborder par sa base, par l’armée, par ratsiraka, par l’église, par les province, par la France, par l’Afrique du sud ou par les Martiens.
Faut croire que certains ne ne changeront jamais d’avis.
C’est gag d’entendre parler de Rajoelina comme d’un ‘ancien DJ’, he les mecs, objectivement, votre DJ non seulement il a des couilles grosses comme des pastèques mais en plus il a largement démontré qu’il ne partait pas en pique-nique en oubliant le tire-bouchon. Je ne sais pas où il va, mais lui oui, manifestement.
Bien sût les défis qui l’attendent ne sont pas des plus simples. Il va devoir tenir la dragée haute à des militaires ivres de leur puissance, à des pillards fiévreux, à des vieux crabes exilés avides de revanche, à un Ravalomana carnassier et pas moribond du tout, à des cotiers tentés par le séparatisme, j’en passe et des crises économiques, c’est pas les excités qui manquent.
Le bordel complet menace, mais vu les succés engrangés par notre vedette soyons déraisonnables, parions pour le meilleur : Rajoelina va proprement démembrer Tiko, libéraliser la distribution des ppns sans affamer le peuple ni bouffir les caciques, rassurer les bailleurs de fond, éviter les balles de sniper, botter le culs aux conglomérats miniers, emprisonner les escrocs tout en épargnant les ennemis politiques, rapatrier les exilés en filtrant les corrompus, gouverner consensuelle ment avec Sylla et Roland Ratsiraka, renvoyer l’armée et l’église à leurs bonnes œuvres et finalement organiser des élections ouvertes ou lui même ne se présentera pas mais où figureront à la fois Pierrot Rajaonarivelo, Marc Ravalomanana et Pety Rakotoniaina.
Ensuite il pourra aller se reposer. Pour autant que sa conscience le laisse dormir.
Bon historiquement les leaders africains de ce type finissent soit dictateurs soit avec une balle dans la tête, mais ce soir le Kisifi est optimiste. C’est la faute au printemps.
Ecrit Par kisifi, Mardi 17 Mars 2009 à 22:06 GMT+2
Note : Cet article a été écrit “à chaud” après le coup d’Etat du 17 Mars. Quatre mois après cette date, que pensez-vous du point de vue de l’auteur avec le recul des évènements qui se sont passés avant et après (ex : les ampamoaka de TGV alors que l’auteur dit qu’il a gardé les dossiers sur le coude, la grâce de Pierrot au lieu de l’amnistie etc…) ?
Madagascar : Témoignage d’un résident français
26 juillet 2009

Résident Français à Madagascar
Je suis les évènements de très près puisque je vis à Antananarivo.
Depuis janvier, je suis scandalisé : TOUS les médias francophones sont instrumentalisés sur ce putsch, via RFI, l’AFP et France-Monde, téléguidés par le Quai d’Orsay.
MEME Libé n’a pas sorti un seul article correct. Que de la propagande pro-Rajoelina et du dénigrement du Président élu M.Ravalomanana ! Oseriez-vous montrer la même partisannerie à l’encontre de M.Zelaya, renversé par coup d’état au Honduras ? Non ; pourquoi ?
Sachez qu’actuellement un commandement nébuleux, para-militaire et mafieux, a pris les commandes de l’état et s’impose en maître absolu à Madagascar ; Rajoelina est défendu par environ 150 militaires “rebelles”, achetés pour appuyer son coup d’état ; ils se sont emparés de l’armement et ont pris l’armée légaliste en otage ; les “barbouzes et mercenaires“, comme dit Libé, sont A L’INTERIEUR DU PAYS (certains sont des criminels, évadés ou libérés de prison par Rajoelina).
Ils ne sont pas sud-Africains mais malgaches, enrôlés et grassement payés pour défendre le clan putschiste, contre les populations, otages et victimes d’abjectes manipulations, de pressions et d’exactions permanentes.
Et que fait la France, ma perfide patrie, dans ce marasme ?
- Elle conduit une véritable guerre de l’information (ou plutôt d’intox) : elle “assassine” le Président élu, mythifie Rajoelina et manipule l’opinion internationale avec des méthodes de propagande les plus odieuses (censure, mensonges, calomnie, fausses rumeurs…).
- Elle protège et héberge le chef putchiste Rajoelina dans son ambassade d’Antananarivo, lune semaine avant son coup d’état annoncé. Puis elle écarte le président élu en traitant exclusivement avec Rajoelina et sa clique…
- Depuis le renversement de Ravalomanana, la coopération militaire française reprend intensément, grâce à celui qu’on appelle ici “le gouverneur frantsay”, JM.Châtaigner, l’agent spécial envoyé par le MAE le jour du coup d’état, et nommé unilatéralement au titre “d’ambassadeur de France” (sans l’accréditation protocolaire visée dans la Convention de Vienne).
- Alors que le haut commandement des Forces Armées a été immédiatement remplacé par des hommes de Rajoelina, la France vient d’offrir 2 avions militaires Tétras, du matériel pour la police et la gendarmerie ; et fournit instructeurs et formations spécialisées… probablement aussi de l’armement et des financements pour cette guerre qui prend maintenant la tournure d’une guerre civile programmée… Le ministère malgache de la Défense aurait aussi acheté (à confirmer) des hélicoptères militaires d’occasion à la Belgique. Avec quels fonds, sachant que les caisses de l’état sont vides ?
- Rajoelina a rencontré dernièrement Joyandet et Guéant à Paris (pour un coaching ?), avant sa convocation par l’UE à Bruxelles. C.Demuyinck, Sénateur-Maire UMP de Neuilly-Plaisance, membre du groupe sénatorial d’Amitié France-Madagascar et de l’Association des maires de France, a exposé ses réalisations et projets à la Foire Internationale de Madagascar à Tana en mai, et dans le cadre de ses activités à Nosy-Be, vient d’inaugurer avec Rajoelina son projet de culture maraîchère… On croit rêver !
Bref, sous prétexte d’aide humanitaire, le gouvernement français, allergique au Président Ravalomanana, profite du chaos pour renforcer son ingérence à Madagascar et développer son business (contrat Total à Bemolanga, Impérial Tobacco…).
D’où l’afflux subit de “crocodiles blancs” autour de Rajoelina depuis quelques mois (R.Bourgi, P.Leloup, A Moyon, P.Neveu P.Giovannoni du Parti Républicain Chrétien, cabinet Drake & Bart …). Certains avaient été expulsés de Madagascar pour de sombres affaires, immobilières et politiques, entre autres.
Manifestement, la presse française occulte la gravité de ce qui se joue depuis janvier à Madagascar : une guerre entre une république démocratique (qui a ses forces et faiblesses comme les autres) et la dictature que nous concocte (“à la malgache” dirait RFI) Rajoelina et la mafia paramilitaire qui l’a porté au trône.
Voyez, lors des parades devant les troupes de la jeunesse rajoëlinienne, ce signe V de la victoire se resserrer au bout du bras raidi de Rajoelina, comme le plus cynique salut de tous les temps… Heil, aîe, aîe, demain, il sera trop tard !
Depuis le putsch, les malgaches sont véritablement en état de choc et maintenant de plus en plus isolés. Demain, ils seront peut-être déchirés, effondrés de douleur ou de folie…La presse est totalement verrouillée.
La guerre des nerfs est terrible, j’en atteste ! Avec maintenant cette histoire invraisemblable de “bombes”, pour mettre le pays sous contrôle total, pour interdire le mouvement (jusqu’alors) pacifique contre le coup d’état, justifiant ainsi perquisitions, fouilles, réquisitions d’entreprises avec violences, rackets, vols, accusations arbitraires, emprisonnements à la chaîne etc…).
Libé, reprenez vite cette distance qui fait la différence entre des news de fan-club et le journalisme. Car au train d’enfer où va Rajoelina-TGV pour imposer la paranoïa, l’oppression, la diffamation, la délation et autre rongeur d’unité nationale, demain vous n’aurez plus la liberté d’écrire autre chose que “alléluia et gloria à la formidable junte éclairée qui, grâce à la France, a renversé un démon et formidablement redressé Madagascar avec un Ordre Nouveau “à la malgache”, formidablement démocratique, que le peuple malgache a unanimement plébiscité”.
Est-ce Viva (la chaîne de Rajoelina) ou bien France-Monde (la force de frappe du MAE) qui a fait une OPA sur Libé, le Monde, Le Point ?
Visiblement, Rajoelina est “dans la place”, vive le DJ néo-facho-tropical et tous en piste…
Vous prendrez bien un de ces formidables cocktails qui font führer depuis janvier à Tana : le “Black Monday”, le “Bloody Saturday”, la “Kalach ou le “Molotov”. Avec ou sans paille ?
IL FAUT EN FINIR AVEC LA FRANCAFRIQUE !
Article écrit par Rougetdelile, publié sur Liberation.fr