Ahìa ny demokrasia nakà ou l’équilibre régional selon Rajoelina
30 octobre 2009

Une merina à la communication, un merina aux télécommunications etc....
Après avoir illégalement suspendu le Parlement élu donc les représentants des populations des provinces, Andry Rajoelina nous illustre par ses répressions des manifestations en province et ses nominations fumeuses, sa vision des choses sur l’équilibre régional. Un des chevaux de bataille de sa mouvance pour motiver le Coup d’Etat de Mars 2009.
Le résultat d’une étude sur la composition ethnique de son gouvernement parle de lui même et l’éviction de Monja Roindefo de la Primature, un côtier du Sud-est, vient confirmer la tendance à d’Andry Rajoelina sur l’équilibre régional et sa façon de remercier ses sympathisants des provinces…
“Ahìa ny demokrasia nakà ?” (Elle est où ma démocratie hein ?) seraient en droit de se demander les populations des provinces sous Rajoelina.
Liste des ministres HAT “supposés côtiers”
TOTAL : 10/30 soit 34% des sièges.
Premier ministre : Monja Roindefo Zafitsimivalo
Vice Premier Ministre chargé de la santé : Alain Bernard Teandrazanarivelo
Ministre de la Fonction Publique, du Travail et des Lois sociales : Noelson William
Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique : Athanase Tongavelo
Ministre du Tourisme et de l’Artisanat : Irène Victoire Andréas
Ministre de l’Economie et de l’Industrie : Fienena Richard
Ministre de l’Elevage : Maharante Jean de Dieu
Ministre des Forces armées : Colonel Noël Rakotonandrasana (Bestiboka-Maevatanana)
Vice Premier Ministre chargé de l’Intérieur : Manorohanta Cécile – (Diana ou Sava)
Ministre de l’Agriculture : Jaonina Mamitiana Juscelyno
Liste des ministres HAT supposés HAUT PLATEAUX
TOTAL : 20/30 soit 66%
Vice Premier Ministre chargé des Affaires étrangères : Ny Hasina Andriamanjato – MERINA
Ministre du Commerce: RAKOTONIRINA Jean Claude – MERINA
Ministre de la Population et des affaires sociales : Nadine Ramaroson – MERINA
Ministre des Télécommunications, des Postes et des Nouvelles Technologies : Augustin Andriamananoro – MERINA
Ministre de la Culture et du Patrimoine : Gilbert Harisoa Raharizatovo – MERINA
Ministre des Transports : Rolland Ranjatoelina – MERINA
Ministre de l’Énergie : Jean Rodolphe Ramanantsoa – MERINA
Secrétaire d’état chargé de la Gendarmerie : Colonel Claude Ravelomanana – MERINA
Ministre des Finances et du Budget : Hery Rajaonarimampianina – MERINA
Ministre de la Justice : Christine Razanamahasoa – MERINA
Ministre de la Sécurité intérieure : Organès Rakotomihantarizaka – BETSILEO ?
Ministre de l’Éducation Nationale : Julien Razafimanazato – MERINA
Ministre de l’Aménagement du Territoire et de la Décentralisation : Hajo Andrianainarivelo – MERINA
Ministre de l’Environnement et des Forêts : Colonel Randriamiandrisoa Calixte – MERINA
Ministre de l’Eau : Nirhy Lanto Andriamahazo – MERINA
Ministre des Mines et des Hydrocarbures : Mamy Ratovomalala – MERINA
Ministre des Sports : Virapin Ramamonjisoa – BETSILEO ?
Ministre de la Jeunesse et des Loisirs : Serge Ranaivo - MERINA
Ministre des travaux publics et de la Météorologie : Eric Razafimandimby – MERINA
Secrétaire d’Etat à l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle : Toto Raharimalala Marie Lydia – MERINA
Inégalité des chances ou victimisation ?
23 juin 2009
Ndimby nous livre, une fois de plus, une analyse très intéressante dans son dernier article “Merina et côtiers“. Il y parle notamment de l’éducation face au sujet ethnique :
Il faut reconnaitre que sous la colonisation, et même durant la première République, certaines régions comme celles d’Antananarivo ou de Fianarantsoa ont été favorisées par le système éducatif. (…)
Ce système centralisé hérité de la Colonisation créera une asymétrie entre Antananarivo et les provinces, ce qui privilégiait les habitants de la Capitale, et donc, surtout les personnes qui en étaient originaires. (…)
Cette inégalité de chance d’accès à l’instruction allait se ressentir dans la formation de ce qu’on appelle pompeusement « les élites », aussi bien dans le domaine politique, économique, qu’intellectuel.(…)
Pour Ndimby, il existerait donc une inégalité des chances entretenue sous la colonisation et qui expliquerait que les élites malgaches soient plus “merinas” que côtières. J’ai un autre point de vue sur la situation, beaucoup plus proche de la vérité mais politiquement beaucoup moins correct.
Il y a deux ans, en 2007, j’avais publié sur Madanight un texte extrait d’un livre que j’ai déniché à Ambohijatovo (rip Haja) intitulé : « Dialogues Français – Sakalava » traduits par A.DANDOUA (1924) – Bulletin de l’Académie Malgache – Nouvelle Série – Tome VII – Années 1922-1923 - page 52.
Ce texte de propagande de l’administration coloniale française nous permet surtout de savoir qu’elle était la “vision” des colons français sur la question ethnique malgache et sur leur politique éducative.
Pour le contexte, il s’agit d’un discours de propagande pour “pousser les sakalava à aller à l’école car ils n’y étaient pas très enclins afin de contrer les ambaniandro (merina) qui, eux, étaient eux plus enclins à aller s’instruire et donc à réussir”.
Version française
Il faut que tous vos enfants aillent à l’école, aussi bien les garçons que les filles.
Il faut envoyer tous vos enfants à l’école.
Les filles apprendront à coudre, à raccommoder leurs vêtements déchirés et à les rapiécer.
Elles apprendront à tailler et à coudre leurs vêtements, ceux de leur mari et de leurs enfants.
Elles apprendront à tenir leur maison propre et en ordre, à bien préparer leurs repas, à bien soigner leurs enfants.
Les garçons étudieront pour devenir fonctionnaires, et ainsi il n’y aura plus de fonctionnaires ambaniandro qui vous commanderont.
Le Gouvernement désirerait avoir des fonctionnaires sakalava pour vous administrer, des médecins sakalava pour vous soigner, des interprètes sakalava pour traduire vos paroles, des sages-femmes sakalava expertes pour assister vos femmes, car vous ne voulez pas être assistés par des Ambaniandro, mais il n’y en a pas parmi vous.
Il n’y a ni jeunes gens ni jeunes filles suffisamment instruits pour qu’on leur confie ces fonctions.
Alors on vous fait administrer par des Ambaniandro, des Betsileo, des Antaimoro, des Betsimisaraka, car, dans ces tribus, on aime étudier, on aime à adopter celles de nos coutumes qui semblent bonnes.
Obligez donc vos enfants à s’instruire pour qu’il n’y ait plus d’Ambaniandro qui vous commandent.
N’ayez aucune crainte d’envoyer vos enfants étudier pendant trois à Analalava, car, là encore, ils sont en pays sakalava, en pays des Maroseranana, où commandait Tondroko, parent de Tsiaraso et de Binao vos anciens rois.
Si vous suivez mes conseils, vous prouverez que vous êtes intelligents, que vous êtes toujours du nombre des tribus puissantes de Madagascar et que vous n’avez jamais été inférieurs aux Ambaniandro.
Souvenez-vous bien que vous étiez autrefois plus puissants que ceux des Ambaniandro, qu’Andrimandisoarivo, qui régna sur toute la côte ouest, fut toujours en lutte contre les Ambaniandro.
Vous vous souvenez qu’Andriamamelonarivo (Ravahiny) ne voulut jamais reconnaître la suzeraineté d’Andrinampoinimerina.
Mais ensuite les Européens montèrent à Tananarive et instruisirent les Ambaniandro.
Ils obligèrent les enfants à aller à l’école et cela rendit les Ambaniandro plus puissants.
Les Sakalava, pendant ce temps, ne pensaient qu’à voler des bœufs, voler des femmes et des enfants ; ils ne songeaient pas à envoyer leurs enfants à l’école, et, finalement, les Ambaniandro vous foulèrent aux pieds.
Les Ambaniandro envahirent votre pays, occupèrent Anoratsangana, Ambodimadiro, l’Ankarana.
Et pourtant vous êtes des hommes comme eux, vous êtes aussi intelligents qu’eux.
Aujourd’hui on ne peut plus lutter contre avec le sagaie, avec le fusil, on ne peut mesurer ses forces ; il n’y a que des luttes d’intelligence, sur le terrain des études pour s’instruire autant qu’eux et même d’avantage si c’est possible.
Pour cela il n’y a qu’un moyen, c’est d’envoyer vos enfants à l’école.
Et lorsque nous verrons que vous êtes décidés à envoyer vos enfants à l’école, nous en augmenterons le nombre parmi vous.
Retenez donc bien mes conseils car ce sont les paroles du gouvernement, qui sont dictées par l’intérêt que je porte aux Sakalava que je ne voudrais pas voir inférieurs aux Ambaniandro.
Et quand vous les aurez bien entendues, rapportez-les à vos parents, répétez-les à vous amis et à tous ceux qui n’ont pas pu venir ici, car elles sont vraies et dites dans votre intérêt.
Elles sont dites pour vous ces paroles et dans l’intérêt de vos enfants. Qu’elles soient dans votre tête, gardez-les dans votre sommeil comme à votre réveille, aussi précieusement que votre escarcelle.
Version malagasy ici.
Outre qu’on aie un exemple éloquent dans ce texte de la politique coloniale du “diviser pour mieux régner”, on constate surtout que l’administrateur colonial avait vraiment envie de donner toutes leurs chances aux sakalava et naturellement aux autre peuplades “côtières” afin que ces derniers s’instruisent et occupent à leur tour les hauts emplois de l’Etat, les métiers prestigieux.
Après tout, priviliégier les mérinas, leurs “ennemis naturels” n’était absolument pas l’intérêt des français…mais ils devaient faire tourner la colonie avec les moyens du bord, donc avec les mérinas.
Il est donc clair que l’Administration coloniale n’a pas pu “maintenir” une inégalité des chances, au contraire, elle a tout fait pour équilibrer les chances des côtiers avec celles des merina, voire même d’après le texte, de favoriser les côtiers.
L’égalité des chances était là…maintenant pourquoi on a la situation actuelle ? Il faudrait peut être se rendre à l’évidence…
Si, (i) un siècle après cette politique incitative des françaisvisant à éduquer les populations côtières, (ii) 40 ans après des politiques éducatives menées par des Présidents “côtiers” et (iii) 7 ans après la politique éducative “ouverte” sur tout le pays (car plus de crédits :p) de l’administration de Ravalomanana… on constate en 2009 qu’il n’y a pas eu grands résultats…Il faudrait peut être arrêter de se voiler la face, non ?
L’évidence qu’il n’y a pas de déshérités ou d’inégaux de chances, pas plus qu’il n’y aurait désequilibre dans les moyens (infrastructures, professeurs).
L’évidence c’est qu’il y a peut être bien un facteur “ethno-culturel” qui veut que certaines tribus fassent l’impasse sur l’éducation. Qu’ils ne souhaitent pas apprendre, ou qu’ils ne peuvent pas apprendre. S’ils n’en voient pas l’intérêt et préférent vaquer à d’autres occupations, pourquoi les forcer ?
Bref, moi, après avoir étudié le sujet, et sans verser dans les discours supériorialistes, j’en suis arrivé au même point de vue que beaucoup d’étrangers qui ont habité et étudié le pays : si les merinas sont là où ils sont, c’est parce qu’ils s’en donnent les moyens.
Parler d’inégalité de chances, de l’impérieuse nécessité de faire de la “répartition ethnique”, non, pas d’accord.
Dans une vraie République, la méritocratie doit primer, on doit être là où l’on doit être pour son talent, pas grâce à sa naissance.
Ceux à Madagascar, et quelque soit leur origine ethnique, qui on passé leur vie à glander et fumer de la beuh et qui viennent se plaindre qu’ils ont droit à un seza juste parce qu’ils sont originaires de telle région moi je dis non.
Ce n’est purement et simplement que de la victimisation de leur part et une instrumentalisation de la question ethnique.
Quand aujourd’hui, au sein des armées, au sein des institutions de la République on ose lancer des discours comme : “nos chefs doivent être élus par nous mêmes et on veut un côtier, un point c’est tout” je me dis qu’on a vraiment atteint le fond du trou.
Andry Rajoelina a triomphé, il a tué la République avec sa Démocratie “par le peuple, pour le peuple” interprétée stricto sensu par des gens trop contents de pouvoir accéder à des responsabilités sans avoir ce qu’il faut pour, et sur simple critère ethnique.
Aller faire de la soi-disante répartition ethnique des postes, ce n’est pas faire de la République ou de la Démocratie, c’est faire du “Fanjakana Baroho”.