Mes professeurs m’avaient averti : plus tard, vous ne ferez pas forcément le métier que vous imaginiez faire…l’avenir est venu me le confirmer.
Super intello qui rentre dans les ordres (religieux), scientifique qui se retrouve en lettres, mec doué qui arrête ses études après le bac ou mec pas doué qui se révèle en fac’….tout autour de vous, les exemples de “paradoxes de parcours”" ne manquent pas.
Et je ne fais pas exception.
Moi aussi, il m’arrive de chanter à tue-tête la fameuse “J’aurais voulu être un….” car j’aurais voulu être beaucoup de choses.
Tiens, par exemple, j’aurais voulu être médecin, parce que j’aime aider les gens, les soigner me paru le plus simple mais bon….onze années d’études pour finir comme “Jack” de Lost….No, I can’t.
Non, ce que j’aurais voulu être c’est militaire. Il faut dire que j’en avais toutes les prédispositions : loyauté, sens de l’honneur, sens du commandement….
Rien de perdu puisqu’au final ces qualités qui me servent dans le monde de l’entreprise.
Pourquoi ça ne s’est pas fait ? La question du débouché naturellement.
Tu vois petit, quand tu regardes le défilé du 14 Juillet, tu te dis :
Quelle chance ils ont ces français, ils ont quand même – passez moi l’expression – une putain d’armée dont ils peuvnet être fiers.
Et quand tu vois les soldats US guerroyer patriotiquement dans les films et séries hollywoodiennes (We were soldiers, Overthere, Band of Brothers, The Rock)…Yeah, putain y a de quoi être fier de servir dans l’armée !
Et puis, la réalité te rattrape…la réalité c’est que t’es un malgache de malgachie. Un pays pauvre qui sort de la colonisation, qui a enchainé sur le socialisme pour finir dans l’ultralibéralisme sauvage…et ces sans compter les multiples coups d’Etat, crise “politiques” à la con…..où l’armée de malgachie y joue toujours un rôle.
Bref, fiston, en malgachie t’as quoi ?
Une armée en haillons qui n’a pour ainsi aucun uniforme….uniforme. Se côtoient les camo US, chinois, allemands avec les casques de la deuxième guerre mondiale, des PA et des MAS d’un autre âge….
Des véhicules qui roulent à peine où qui ont à peine de l’essence, des bases qui ressemblent à des poulaillers où l’on entre comme dans un moulin, etc….Voilà pour l’image du matériel, clairement vêtuste.
Le matos est une chose, mais ce qui fait une armée…c’est les hommes. Et quand on voit les hommes de l’armée malgache…hé ben putain….on a froid dans le dos.
Ma daronne aime à ressasser ses souvenirs du service militaire : “On était émerveillées par ce jeune lieutenant qui sortait tout juste de l’académie et qui commandait un vieil adjudant masiaka qui ne pouvait répondre que “Oui, monsieur”. Quelle classe !”
Aujourd’hui, quand j’entends un capitaine du Tafika Malagasy dire à son fils, officier lui aussi (zanak’i dada powaaa):“Et surtout, tu obéis bien à l’adjudant hein, sinon t’auras des emmerdes. Il a 22 ans d’ancienneté” je me dis que ce que dit Manandafy de l’armée n’est pas très loin de la vérité. Vous avez dit “Pyramide inversée” ?
Dans l’armée malgache aujourd’hui, déjà qu’on a du mal à différencier le soldat “du jardinier du développement”, on a oublié ce qu’est un officier. Ce qui le diffère d’un sous-officier et d’un soldat du rang.
Que ces derniers l’oublient, ça passe…le problème c’est qu’à la longue nos chers officiers l’ont également oublié.
Quand on passe son temps à détourner les soldes, les carburants, les budgets pour se construire sa petite villa plutôt que de penser au bien être de ses hommes (matériels, vêtements, logement, solde….) et à leur efficacité (formation, encadrement, endoctrinement…) il ne faut pas s’étonner du “Phénomène CAPSAT”.
L’Officier, surtout le très haut gradé n’est pas vu comme un raiamandreny ou ce genre des conneries, il est vu vu par le soldat du rang comme un “intermédiaire” auprès des hautes sphères qui va permettre l’obtention de la précieuse manne dite bizna…. et à voir les évènements d’Antanimena, on pourra préciser : des intermédiaires gênants.
Pour être officier il faut montrer son sens du commandement, sa supériorité “technique”….qu’on a fait des études quoi. A l’heure actuelle, on voit surtout que ça se résume à des démonstrations de testostérone et de “j’ai la plus grosse” à la Cdt. Charles….sob.
A lire tout ça, vous comprendrez mieux pourquoi, outre le salaire de misère que j’aurais gagné pourquoi j’ai décidé de ne pas “faire carrière”.
Toutefois, et vous l’aurez constaté, je reste au fait de la “chose militaire”…ce n’est pas un hasard. Je rêve un jour de changer tout ça, de réformer l’armée. De donnée aux forces armées de mon pays, non pas une grandeur -car ce serait péter plus haut que son cul- mais au moins…une certaine décence.
Avoir une armée correcte, ça ne tient pas du miracle, ça ne coûte pas des montagnes d’or et ça ne nécessite par des travaux d’Hercule.
Par contre, il y aura des sacrifices à faire, des écuries d’Augias à nettoyer, des parasites à karcheriser et ça, c’est pas une mince affaire.
“La guerre, c’est une chose trop grave pour la confier à des militaires” disait Clémenceau
Moi je dis, confiez-là alors à un civil…qui s’y connait. Moi ?
Ah les bon vieux burgers de Planète Ambohijatovo…ça me manque des fois.
Le pain steak-frites, le ketchup rose coupé à l’eau, les pizza ultra-grasses, l’absence de THB. Sans parler des serveuses qui ne pigent pas qu’un “Coca GM” c’est un “Coca Zéhème”...
Planète c’est comme le CCAC d’Analakely. C’est un des points clés, que dis-je un “phare” des rendez-vous tananariviens. Une véritable institution.
“On se voit où ?”
“A Planète”.
Franchement, qui n’a pas déjà eu cette conversation ?
Planète, c’est aussi une destination privilégiée du gasy d’andafy de passage à Tana.
Il y a quelque chose qui m’a frappé ces dernières années dans ce snack-restaurant, c’est la proportion de plus en plus grandissante de malgaches qui ne s’expriment pas en français mais en anglais.
Cette population d’individus est très variée : il y a ceux qui parlent pour se la péter et “faire genre”… mais tu décèles illico (i) soit l’accent gasy tena izy qui fracasse tes oreilles façon chat qu’on étrangle, (ii) soit l’accent français, c’est-à-dire les “reconvertis” ou “recyclés”.
Ils sortent des écoles français mais ont décidé d’étoffer le cursus aux USA, à Londres ou en Afrique du Sud, destination infiniment plus “tendance” que cette bonne vieille métropole.
Bon bien sûr, il y en a qui parlent vraiment un mot de français et qui ne parlent qu’anglais 100% et malgache, ils débarquent de polynésie, des USA ou d’autres pays exotiques.
Mais revenons aux recyclés. Parler anglais pour être la mode et faire “j’suis différent leisy baby e! Me milay be an !”… à quoi bon ?
Il y en a qui le font uniquement pour “boycotter” le français. Pourquoi boycotter le français ? Quel intérêt ? Pour boycotter la France ? C’est stupide. C’est comme renier ses origines.
Bien sûr, nos ancêtres ne sont pas gaulois mais je trouve chiadé que, passé une vingtaine d’années à apprendre et communiquer dans une langue devenue “maternelle“, on se reveille un beau jour et qu’on se dise : pu shì me hablas el francès anymore caramba ! (trad : je ne vais plus parler en français).
Pour ceux à qui ça pose problème, moi je dis que parler français, maîtriser la culture française n’implique pour autant “être français”. Petite anecdote.
Un beau jour, lorsque j’habitais encore en France, j’ai annoncé à mes collègues :
“bon les potes, faut que je file à la Préfecture, je dois renouveler ma carte de séjour ! tchô !”
Et là ils m’ont lancé une question en choeur : “Quoi ? T’es pas français ?!”
Moi : “Ben non hein…’suis malgache, de malgachie, l’île paumée dans l’océan indien, why ?”
Potes : “Bah j’sais pas on te connait depuis des années, t’as pas d’accent, t’as pas eu de difficultés à t’intégrer avec nous, t’adores la bouffe française, le fromage, le pinard, la bonne baguette, tu passe incognito dans le décor, tu parles même mieux français que nous ! Attends, c’est carrément toi qui m’aide pour mes dissertations !”
Moi : “Ouais, vous voulez dire que comme je parle pas Wi Bwana Bamboula Va manzé du manioc j’étais français ? Rhoo le cliché!”
Potes “Ben wi on pensait que tu venais de la Réunion à la limite ou un truc comme ça quoi…”
Moi : “Ben non, ’suis un ‘ti malgache et fier de l’être
. J’adore la France, son way of life, sa culture mais ma patrie je sais où elle est
“
Potes : “Attends mais t’as même pas la double nationalité ?”
Moi : “Nanan.”
Potes : “Et t’étais jamais en France auparavant ?”
Moi “Nanan.”
Potes : “Et tu penses pas prendre la nationalité ?”
Moi “Pourquoi faire ?”
Potes : “Bah t’auras plus à faire tes papiers, tu serais définitivement intégré, tu serais français comme nous !”
Moi “Mais y a pas besoin que je sois français pour qu’on soit potes non ?
“
Potes : “Non mais, c’est du gâchis quoi, ça me tue de me dire que tu vas pointer avec tous les autres réfugiés, exilés qui puent du slip et qui parlent pas un mot de français pour ton titre de séjour alors que t’es plus français que nous !”
Moi “On doit tous porter son calvaire! Mais c’est vrai qu’on peut pas dire que la France déroule un tapis rouge aux “élites” de ses anciennes colonies. Qu’y puis-je ?
“
Potes “Prends la nationalité ! En plus tu voulais faire sciences po ! et pis tu feras carrière et de la politique en france ! je voterais pour toi ! Yes, you can !”
Moi “Looool. Non, non c’est bon. Je pense qu’on a plus besoin de moi là-bas qu’ici
“
Surtout, ne pas être français me permet d’être plus objectif quelque part. L’amitié c’est dire ce qui va mais aussi ce qui va pas à ses amis.
Ainsi une connaissance française pestait ainsi au début de l’invasion de l’Irak “putain d’américains, ils respectent même pas l’ONU !”.
J’ai alors demandé “Ah parce que tu crois que la France respecte l’ONU toi ?”
Connaissance : “Ben wé, on est la France le pays des droits de l’homme ! On joue sur la scène internationale !”
Nj : “Ok. Alors explique moi pourquoi la France n’applique pas la résolution de l’ONU du 28 novembre 1994 disant que la France devait arrêter l’occupation de Mayotte ?”
Connaissance : (…..va sur google……lourd silence….)
Aujourd’hui, je suis donc rentré à Madagascar et pour beaucoup, je suis à la fois le plus beau rêve et le pire cauchemar que la France et les français aient pu avoir : je suis issu de son système, de son excellence académique, je suis le jeune petit malgache francophile cultivé avec qui on aime discuter et travailler. Je comprends vite. J’exécute vite. Je travaille bien, je travaille avec tout le monde.
Tu peux me parler de “Mobicarte” et de “forfait”, je saurais que tu parles de “recharge” et de “postpaid”. Tu peux me parler de “Paname”, je saurais que c’est “Paris”. C’est quoi un “taff”, un “tarpé”...ahem….
D’un autre côté, justement à cause de cette culture française, je n’ai pas peur de dire ce que je pense et de tirer un doigt d’honneur quand ça me chante, de remettre certains à leur place et de leur montrer avec une réflexion en bonne et due forme.
Quand le franchouilleux avec son complexe colonisateur lance du “va te faire sale petit malgache, tu te prends pour qui ?”, je n’hésite pas à lui donner du “suis chez moi connard de vazaha ! mada, tu l’aimes ou casse toi
“
Bien sûr, je n’ai pas l’évacuation médicale, l’assurance de la CFE…mais bon, je suis chez moi, je suis de chez moi et malgré ma “culture” porte à questionnnement, il est clair et net que je demeure…malgache, patriote et fier de l’être. (Mes paps’ sont clairs en tout cas)
Les “francos” (vazaha gasy) sont les gens comme moi. On est déclin par rapport aux gasy “anglos-saxons” certes, mais on a nos cartes à jouer.
On doit rester fiers de nos origines, de notre background français, nous sommes des élites à part entière du système et nous dirigerons ce pays d’ici une décennie. Nous ferons entendre notre voix et elle sera entendue. Il n’est pas question que nous restions sur le bas côté.
Je connais la France, je parle français et j’enverrais certainement mes enfants dans le système éducatif français.
Serons-nous pour autant les “chiens de la France” ? Non.
J’aime la France, j’apprécie les français mais…je sais où est la terre de mes ancêtres même si c’est une île à bananes peuplés de couillons
Chronique d”un Gasy d’Andafy #04 : La Boston Justice
27 juin 2009

“Le crime ne paie pas”…qui est l’idiot qui a bien pu inventer cette phrase ? Je l’ignore mais si je tenais ce bouffon, je lui dirais bien ma façon de penser.
Cette phrase, c’est pourtant une “morale”, une “valeur” qui apparaît souvent dans nos contes et dessins animés pour enfants, c’est ce qu’on nous inculque dans notre éducation…enfin la mienne en l’occurrence.
Bref, comme beaucoup d’entre vous, j’ai été élevé dans les valeurs “Walt Disney” de bonté, d’amour, de générosité, de solidarité….bref “I was Bambi”.
Bambi Nj dans la jungle tananarivienne où sévissent profiteurs, escrocs, voleurs, filles de joie, fonctionnaires véreux…c’est toute une histoire dont vous avez quelques anecdotes dans mes chroniques.
Il y a une série télévisée qui a bercée mon enfance “Tribunal”, vous connaissez ? Oui, ces procès qu’on mettait en scène dans un genre de théâtre télévisé. J’y comprennais pas grand chose mais j’aimais bien.
Plus tard, on avait droit à des séries “justicières” : Le Rebelle (Reno Raynes), Les Dessous de Palm Beach (hmm), Walker Texas Ranger, Matt Houston, Mac Guyver, L’Agence tous Risques….etc….
Toutes ces séries (américaines à part tribunal) prônaient des valeurs communes : la lutte du bien contre le mal, la justice.
Quelle stupeur pour le bambi conditionné à “l’État de droit”, de se voir confronté à “la Justice malgache”….
“Trop honnête, trop bête.”
Justice malgache…l’Injustice malgache serait le terme le plus approprié.
Avocats véreux qui font traîner les procès pour vous facturer plus, juges qui monnaient leur jugement contre espèces sonnantes et trébuchantes, greffiers qui jouent les intermédiaires, procureurs affamés qui mènent des opérations de racket avec des policiers ripoux…ouep pas joli à voir la “Boston Justice” pour rendre hommage à nos clopes nationales.
La Boston Justice, j’y ai été confronté dès ma plus petite enfance. Au collège, pendant la récréation pour être précis, un gamin d’une autre classe était en train de scander partout que mon père allait faire de la prison. J’étais furieux, je voulais lui casser sa gueule à cette enfoiré qui gueulait à tout bout de champ devant tout le monde :
“Nananèreuh, ton papa il va aller en prison ! C’est un criminel euh ! Nananèreuh !”
Mes parents aillant toujours la facheuse tendance de me tenir à l’écart de leurs affaires d’adultes, j’ai bien entendu été surpris de l’apprendre, jusqu’à preuve du contraire, mon vieux n’était pas un mafiosi.
En rentrant de l’école, je suis donc allé demander des explications au principal concerné qui m’a adressé une fin de non-reçevoir “mêles toi de tes oignons fils”. Tsss…tu fais chier.
Plus tard, adulte, je me suis renseigné sur cette affaire : il s’agissait d’un règlement de comptes politique, un politicien voulait se débarrasser de lui avec comme d’habitude un dossier bidon. C’est ça la joie des hautes sphères.
Mon père n’a pas été condamné et a été blanchi. Mis-à-part, les gardes à vue de la DGIDE, l’équivalent à l’époque de la Commission Nationale Mixte d’Enquête (CNME) de la HAT, il n’est évidemment pas allé en prison.
Cette histoire étant désormais classée pour lui dans “bonne vieille anecdote du passé”, j’ai voulu en discuter avec lui, qu’il me dise tout, comment il avait géré. Après tout, ça pourrait aussi m’arriver ce genre de situations.
Il m’a dit que le dossier était vide mais que le politicien en question avait graissé la patte du juge. Ce dernier lui avait d’ailleurs dit “Je sais bien que y a rien dans le dossier mais ce gars a pris toutes les dispositions pour vous foutre au trou”.
“Et alors, comment t’as fait ?” l’interrogeais-je.
“Bah, le juge m’a donné le prix de ce que l’autre allait lui donner, j’ai fait une contre-proposition. On a joué aux enchères quoi. J’ai fait l’offre la plus intéressante. Voilà.”
Décidemment pourris les juges dans ce pays…là où c’est plus glauque c’est que, vous saviez le sale gamin qui mouchardait dans la cour de récré ?
Je me suis toujours demandé comment il était au courant de l’affaire vu que même les médias n’ont en pas parlé…
Je l’ai su plus tard : le juge…c’était son père
Si je revois sa sale gueule celui là, je lui balancerais bien quelques piques sur son pourri de père…ou mon poing tout court.
Des histoires sur la Boston Justice, il y en a plein :
- un soulard qui se jette sous les pneus d’un gars, la famille du mort qui fait chanter le gars “tu nous donnes tant de millions et on lève notre plainte” en graissant la patte des gendarmes pour falsifier les rapports….
- un gars qui agresse et qui mord (si, si) ses voisins et qui est “relaxé au bénéfice du doute” malgré les témoignages et la belle marque de dents dans la chair des victimes…
- une société pétrolière qui voulait recouvrer ses créances auprès d’une station service et qui voit ses comptes bloqués par le mauvais payeur qui a porté plainte et arrosé les flics…
Et dans le contexte actuel de perquisitions sans mandats pour piquer des sous aux familles, de militaires qui se prennent pour des Officiers de Police Judiciaire, de réquisitions au motif de trouver des armes mais où on emporte le 4×4, le ciment, le PPN…. il doit y en avoir de plus en plus.
J’aime bien cette anecdote de Nicolas Cage dans Lord of War :
On dit: “Le mal l’emporte quand les hommes de bien se croisent les bras” ce qu’on devrait dire c’est, le mal l’emporte.
Mais je ne finirais pas cette article avec cette citation, la Boston Justice, je compte bien y mettre un terme un jour, avec votre concours (rime).
J’ai quelque idées dans la tête pour ça mais elles sont tellement hardcore que la décence m’interdit d’en faire part sur ce blog.
Je vous livre quand même le concept de base : chez les individus, il y a deux facteurs qui peuvent les pousser à rester sur le droit chemin : la honte et la punition.
Dans un pays où “tout est bizness”, où tout se monnaie, où les juges, les flics parce qu’ils connaissent leurs pairs sont impunis. Dans ce pays, il n’y a pas de morale, il n’y a pas de honte, il n’y a pas de punition.
Après on s’étonne qu’on bafoue la Constitution, les lois, qu’on fait des coups d’Etat, que les investisseurs ne viennent pas...
La Justice est vitale pour la confiance des citoyens et des entreprises.
Pourquoi vivre dans un pays où n’importe qui qui va m’agresser et me voler restera impuni ?
Pourquoi investir dans un pays où l’on peut brûler et spolier mes biens en toute impunité ?
Voilà pourquoi il faut mettre en place ces mécanismes qui installeront une vraie justice à Madagascar. Pas le choix, faut y aller.
Chronique d’un Gasy d’Andafy #03 : Ma vie de piéton
15 juin 2009

Quand je passe devant une certaine aire de stationnement, je ne peux pas m’empêcher de me remémorer cette vieille anecdote et d’en rire… de “mon ancienne vie de piéton”.
Imaginez le décor : c’est l’hiver, il est dix-huit heures, je suis au beau milieu d’un parking du centre-ville avec pour seul vêtement un short et un t-shirt…et pas un rond en poche. Y en a qui sont déjà morts de rire dans l’assistance
Qu’est-ce qu’il foutait là le Nj ? Comment en-est-il arrivé là ?
La tenue d’abord. Elle tient au fait que je n’avais pas encore bien assimilé le concept de “l’hiver tananarivien”. A savoir que ce n’est pas parce qu’il y a du soleil et qu’il fait chaud le jour que tu ne vas pas crever de froid le soir.
Je retiens l’épisode comme une très bonne leçon de météorologie….qui m’a appris par la suite à toujours me trimballer avec un pull.
Maintenant, pourquoi j’avais pas un rond ? Tout simplement parce que j’étais tombé sur une” fille du pays”, j’étais encore très jeune… donc très con….
Elle m’avait bien baratiné il faut dire :
“j’ai perdu mon téléphone, mes parents vont me tuer…Nj, tu veux pas m’en acheter un ? Il me faut exactement ce modèle là sinon ils vont s’apercevoir que je l’ai perdu ! Steuplééééé!!! (sourires et yeux implorants)”.
Et qu’est-ce qu’il a fait le Nj pour les beaux yeux de la demoiselle ?
Hé ben il a parcouru toute la ville l’animal ! Il a pris toute la putain de journée pour trouver un foutu téléphone en particulier dans lequel il y a mis tout son “budget vacances”.
J’ai parcouru la ville à pied et si mes souvenirs sont bons j’ai fait quelque chose comme : Ambohijatovo->Analakely->Behoririka->Antaninandro->Antsahavola->Antaninarenina-Anosy->Ampefiloha->Analakely->Ambohjitavo->etc…
Mes connaissances à qui je raconte l’histoire m’arrêtent alors :
QUOI ? T’as parcouru tout ça ? Et à pied ?! Naann ?!! Oh my gode !
Bah oui hein, je n’ai pas toujours eu la voiture moi, alors fallait bien marcher ou prendre le bus. Et là, soudain, deuxième interjection :
QUOI ? Nj tu as déjà pris le bus ?! Naaan!!! Tu te fous de nous là ?!!!
Là, je commence vraiment à me questionner sur l’image que mes “amis” ont de moi. On dirait qu’ils ne s’imaginent pas une seconde que j’ai pu, un jour dans ma vie, marcher à pied et prendre le bus comme le commun des mortels lol. Effrayant.
Bref oui, les petites ruelles de Tanà je connais et pour votre information j’ai une très grande expérience du strapontin de 2 cm qui fait bien mal au cul et des buxi ambiance et senteur sardine. Passons.
J’ai donc tout fait question boutiques : MasterComm, DL Com, Caca Comm…et j’ai fini par trouver le Saint Graal.
Je lui demande donc de me retrouver sur ledit parking dans l’après-midi, je lui offre le “cadeau”, elle est très contente et d’un coup me lance :
Woaaah, c’est trop gentil. Tu m’achètes du crédit ?
![]()
A cette époque, je n’entendais pas les “Rou, rou” (roucoulement du pigeon) dans ma tête. Allez, hop, une recharge “ANTARIS” et ça repart. Que ne ferait-t-on pas pour le bonheur de l’être aimé ?
Comme il se fait tard, chacun se décide à rentrer chez soi, elle en premier…c’est là que le Nj s’aperçoit qu’il vient de mettre ses derniers sous dans ladite recharge…Damn it.
Oui, c’est avec ce genre d’anecdote que vous comprenez mieux l’origine de l’expression “DMA” (Dans la Merde Aujourd’hui) que j’ai popularisée
Dieu merci, il me restait un peu de crédit pour appeler mon meilleur pote au secours.
Trente-minutes plus tard, il arrive.
- “Yo Boris !”
- “Yo Vladimir!”
- “T’as des sous ?”
- “Nan…enfin avec le bus que j’ai pris là il me reste mille francs. Ca va ?”
- ” T’as du crédit alors ?”
- “Nan plus, j’ai tout utilisé pour te rappeler.”
- “Mais qu’est-ce tu fous là alors ?”
- “Ben…J’ai pu appeller GolfMan avec mon fixe!”
Trente minutes plus tard, GolfMan à la rescousse, débarque accompagné de sa femelle :
- Yo Golfman!
- Wesh les mecs ! Yo Yo !
- T’as de sous ?
- Nan
- T’as du crédit ?
- Nan
- T’as la voiture alors ?
- Nan
- Ben qu’est-ce-tu fous là alors ?
- Bah..j’sais pas on m’a dit de venir alors je viens.
Les potes en fait ça sert à rien…mais c’est toujours plus sympa d’être en galère à plusieurs. Le blème c’est qu’on commençait vraiment à se les cailler, surtout moi avec mon look “vamos à la playa but il fait 2 degrés”.
Staiphe, la copine de GolfMan nous lance alors qu’elle habite pas loin si on veut passer la nuit…mais vu les regards qu’elle me lance en douce depuis qu’il me l’a présentée, j’ai préféré décliner l’offre. Vraiment, chelou les filles du pays….
Pas le choix, il fallait que je rentre chez moi et récupérer un minimum de cash (je n’avais pas de carte de crédit à l’époque SVP) …donc option Taxi.
QUOI Nj ? Tu as déjà pris le taxi ?!
Rhoo, c’est pas bientôt fini le cliché sur moi oui ?
Bon, il a fallu qu’on se chope celui qui avait les vitres qui ne fermaient pas…c’était super de rouler une dizaine de kilomètres avec le vent glacé qui rentre dans la voiture avec un mince t-shirt comme couverture…..
Bien sûr on a eu droit à du “ça va être plus cher” tous les 2 km….tsss… mais bon une fois à la maison, j’ai raqué, pas le choix faut y aller.
Juste que comme il avait remarqué mon côté gasy d’andafy, il s’est permis de me lancer un :
“‘nga tsy ampina cadeau ramose ? lavitra be aty an
“.
Sans commentaires…

« J’aime les filles de mon pays » chantait il y a plusieurs années notre Henri Ratsimbazafy national.
Ceci dit, avec le temps….elles ont beaucoup changé les filles de mon pays… mais comme on dit il faut savoir s’adapter avec son temps.
Dans la chronique précédente, j’évoquais en une phrase ce côté très marqué « matérialiste intéressée » que nos jeunes voyageurs d’andafy ne manqueront pas de remarquer chez les donzelles du pays.
Hé oui, quand tu débarques d’andafy mon fils « tu pues l’euro » et ça bizarrement elles le sentent (les mendiants et les parasites aussi d’ailleurs).
Les filles du pays font une nette différence entre les mecs gasy du pays (viande rance) et les mecs d’andafy (poisson frais).
Depuis que je me suis établi localement, j’ai clairement pû constater que me suis fait classer dans la catégorie “Canigou 1er Prix“.
Ainsi par exemple, j’ai rappelé une fille du pays que j’avais rencontrée quelques années auparavant pendant les vacances et qui semblait avoir flashé sur moi :
- « Hey salut ! C’est Nj, comment tu vas ? »
- « Bien! Alors, t’es de passage pour combien de temps ? »
- « Tu savais pas ? Je suis rentré définitivement. »
- Bip. Bip.
Elle avait raccrochée direct lol.
Un autre exemple, des potes m’emmènent dans un karaoké et se mettent à draguer les filles à la table d’à-côté. Moi, je reste dans mon coin et les filles semblent assez farouches.
L’un des potes lance “Hey ! Have you met Nj ?” qui ne fait littéralement aucun effet aux nanas. Puis, d’un coup il rajoute “Il est pas d’ici, il habite à l’étranger, il est juste de passage pour les vacances.”
Et là stupeur! Leurs yeux s’illuminent, y a marqué “Y€$” dans leurs pupilles, elles envoient chier les mecs de l’autre table qui les draguaient aussi.
“Comment tu t’appelles déjà ? Moi c’est Natacha !”
“Moi c’est Mino ! Tu habites où ? As-tu une fiancée ? As-tu de gros billets ?”
Bref, vous l’aurez compris. Ne plus être « de passage » diminue fortement votre mojo (attractivité).
Pour elles ça retire le côté aventure de vacances et surtout ça doit leur fait penser « il s’est fait expulser, il a plus un rond donc je détale comme un rat. ».
J’ignore ce qui leur passe dans leur tête aux filles de mon pays, enfin si… le calcul mental :
« pigeon habitant en France veut dire pigeon qui peut prendre la nationalité et m’emmener loin de ce pays de merde. Une fois que j’ai la nationalité je le quitterais pour un vazaha une fois là-bas ». Glauque.
Ce qui me sidère c’est la récurrence de cette phrase que mes connaissances aussi bien mâle que femelle ne cessent de me balancer :
« Nj, tu n’es pas un mec avec qui on couche, tu es un mec avec qui on se marie ».
Nj, la tête du gendre idéal ? Peut être, mais c’est pas vraiment un avantage.
En parlant de mariage, les filles de mon pays, elles aiment vivre dans le monde Narnia.
Pour l’anecdote, j’avais dit à une ex, -qui était ma copine de l’époque- que j’allais rentrer à Mada, que je repartirais plus tard peut être pour le Canada.
Quelques jours après, lors d’une discussion sur MSN, une amie commune me lance :
« C’est vrai ? Tu vas rentrer à Mada ? Et puis parait que tu vas aller au Canada prendre un appartement avec X. que vous aller vous marier et vivre ensemble? ».
Putain, heureusement que je lui ai pas dit à la greluche que j’avais gagné 10 EUR aux cartes à gratter « Black Jack » sinon elle m’aurait carrément fait passer pour James Bond dans Casino Royale hein.
Oui, les filles de mon pays voient très loin surtout pour se la péter auprès des copines « qui ont pû partir à l’étranger » et faire oublier la frustration « d’être restée au pays ».
En parlant de copines, les filles de mon pays, elles aiment bien m’exhiber….à leurs copines.
Elles aimaient notamment insister sur le fait que j’habitais à l’extérieur : « Lui c’est mon mec, il habite à ville-de-France ! ».
Et les copines de balancer « ouah la chance !» avec comme arrière pensée :
« ah la veinarde de grosse salope ! Elle s’est trouvé un pigeon pour se tirer ! ».
Le « pigeon d’andafy » est une espèce très recherchée pour son principal avantage : outre son compte en banque correct, le temps qu’il soit en France et avant que les choses deviennent plus sérieuses (mariage et départ à l’étranger) la fille du pays peut batifoler avec autant de branleurs malgaches qu’elle veut.
Jadis, je l’admets j’étais un pigeon, aujourd’hui c’est un petit peu avec amusement que je constate que les filles du pays m’ayant proposé des escapades avaient souvent un pigeon en France « qui vient pour les vacances parce que je n’ai pas changé d’adresse ». David ? Oh oui Jonathan !
Revers de la médaille, j’en ai souvent des éplorées sur les bras qui me balancent l’histoire habituelle « il est venu pour les vacances, il a dit que c’était la dernière fois qu’il repartait, qu’il rentrait me retrouver après, mais arrivé là-bas il s’est marié avec une autre ».
Bah oui ma poulette, tu crois vraiment qu’il allait se mettre avec quelqu’un sur qui le tout Tana est passé ? Là, c’est moi qui suis glauque. Gomen.
Pour l’anecdote, quand une connaissance (divorcée) vous lance :
- « Tu sais Nj, ce n’est pas avec mon salaire de 400.000 Ariary que je vais avoir le train de vie que je veux. »
- « Ah bon ? Alors tu fais comment ? »
- « Je me fais entretenir par 4 mecs ».
- « Aoé mama ! »
Je vous rassure, et qu’on ne m’accuse pas de généraliser : toutes les filles au pays ne sont pas comme ça.
Des fois, il m’arrive d’en rencontrer des différentes, ce sont les filles qui m’étonnent toujours lorsqu’à la fin du repasn elles me lancent « on fait moitié-moitié ? »
Ou encore celles qui ne me demandent pas par un moyen ou un autre de leur offrir un « cadeau » pour avoir le « passaze chéri ? ».
Hé oui mon fils, en France c’est naturel, ici c’est super-naturel. Sam ? Dean ?
Elman a qui j’avais conté mes déboires amoureux jadis, m’avait conseillé d’aller chercher de la chair fraîche à l’église, son lieu de cul culte préféré.
Hmm, pour me retrouver avec une nunuche qui « veut rester vierge jusqu’au mariage » et qu’au moment venu tu t’aperçois que le pot de yaourt Tia est déjà troué…no thanks, j’ai déjà donné.
Tiens en parlant de virginité et de mariage, les filles de mon pays ne manquent pas de culot et leurs parents ne sont pas loins d’être taxables de “proxénètes”….
Oui mon fils, tu n’échapperas pas au « mila atao ny raharaha » sous-entendu « hey mon salaud ! t’as goûté la marchandise alors tu passes à la caisse ! » lorsque tu emmèneras une fille du pays chez toi et que t’auras pris un abonnement d’au moins 3 mois.
Et tu ne pourras évidemment pas leur répondre « mais heu m’sieur… la marchandise était déjà entamée par un autre qui l’a laissé dans l’étalage…».
Une fille de mon pays qui me poussait au mariage après à peine trois semaines avec elle m’avait carrément balancé :
« Il faut qu’on se marie avant d’aller plus loin ! C’est mon rêve de petite fille ! ».
Vu que le pot de Tia était déjà ouvert par un autre, je lui ai gentiment répondu :
« Mon rêve de petit garçon c’était de me marier avec une fille vierge alors tu vois avec toi j’ai renoncé à ce rêve. Faut savoir faire abstraction ma poulette. »
Hé oui, les filles du pays entament très tôt le kilométrage d’heures de vol.
Que d’amusement que de voir ces jeunettes de 14-16 ans papillonner jusqu’à leurs dix-neuf ans et qui se payent le luxe de t’envoyer sur les roseaux parce que t’es pas assez BBB (Branleur Branché BMW).
Et puis à l’orée des vingt-deux ans, on ne sait pas trop pourquoi « il faut impérativement une histoire sérieuse, qu’elles se casent ». Les copines aussi se marient alors il faut faire de même.
Oui mon ami, tu as toi aussi observé cette vague furieuse de mariages vers les 20-25 ans. Pression sociale.
Bref c’est à cette période, après qu’elle se soit faite tromper/larguer par le BBB qu’elle pense à toi ami pigeon. Toi, qui t’es pris un râteau quelques années auparavant. Elle te rappellera.
Sauras-tu refuser c’te proposition fumeuse ? Moi oui, elles s’en mordent les doigts.
Ouech ouech mon fils, on peut aimer les filles de son pays…mais quand même… ça donne à réfléchir.
Henri…si tu savais…tes filles…où on se les met?

Il y a maintenant quelques années que je suis rentré à Madagascar, je me rappelle pourtant de cette époque où je n’étais qu’un “gasy d’andafy” (malgache de l’étranger) de passage pour les vacances au pays.
Dans cette nouvelle catégorie d’articles, je couche sur le papier électronique mes pensées et anecdotes de cette époque…Chronique d’un Gasy d’Andafy.
Je suis devenu gasy d’andafy lorsque j’ai quitté Madagascar à l’adolescence, je me rappelle toujours ce pot de départ où une connaissance de mon père, complètement ivre m’avait lancé :
Hips ! Nj tu pars à l’étranger maintenant ! Burps…Tu vas représenter l’image du pays ! Fais honneur à Madagascar ! Beuuarrgll….
“Causes toujours….C’est quoi l’image de la Nation vieux con ? Ton vomi sur mes pompes ? Connard….” pensais-je dans ma tête.
J’avais pas envie de partie, de quitter mon île à bananes, j’y avais mes amis…et mes amies.
Bref, Vox Nj n’étant pas Vox Dei, je suis parti dans un pays “riche”, profité de l’opulence et de l’insouciance qu’offraient ces terres, nouvelles à l’époque.
Intégré évidemment la diaspora malgache qui, à l’époque, se gargarisait de “national malgachisme” (gasy ka manja, tiako vita malagasy…etc) et qui se retrouvait pour les évènements sportifs “malgaches”…seuls moments où on se rappellait un peu d’où l’on venait, notre origine.
Cet oubli devint un problème pour mes parents qui constatèrent que déjà sale acculturé, je commençais de plus en plus à oublier la langue, les coutumes…. Ils me firent donc un brusque rappel à l’ordre :
Nj ! N’oublies pas que tu es Merina ! N’oublies pas que tu es Andriana !
A l’écoute de ces paroles, j’étais choqué, sonné. Je pensais mes parents modernes, ouverts…je découvrait une autre facette d’eux. Il faut dire que j’avais tendance à vouloir être ami avec tout le monde…ça ne passait pas.
Je ne me rappelle pas qu’à Mada mes fréquentations, le clivage merina-côtiers, andriana-andevo aient posé problème…. Au lycée à Mada j’avais pourtant des potes vazaha, karana, chinois, cotiers, merina, c’était pas un problème…
Mais bon c’est ça l’effet Diaspora.
Je passe évidemment sur la logique de compétition mise en place par nos parents : “Le fils de X. va faire telle série, il est premier de sa classe, il va faire prépa! Faut que tu fasses mieux Nj !”… Bah quand j’ai des super notes vous êtes jamais contents alors…
C’était mes premiers pas dans la réalité de la vie adulte au sein de la société malgache. On m’apprenait les bases : être snob et jouer à j’ai la plus grosse.
Histoire que je n’oublie pas d’où je viens justement, mes parents décidèrent de m’envoyer au pays. Hasta las vacaciones…tout seul.
L’arrivée à l’aéroport fût déroutante : connards de porteurs non désirés qui t’arrachent littéralement ton chariot quand c’est pas ton sac, taximens qui te harcèlent à tout bout de champ “hep taxi missié ! missié taxi!” et évidemment le bain de foule au niveau de la porte de sortie façon zombies de Resident Evil.
Ils me repéraient vite avec ma gueule de bambi où y avait littéralement marqué “gasy d’andafy représentzzzz”….
Autant tu peux voyager tout seul comme un chien en Europe, autant t’es bien content que quelqu’un vienne te chercher à Ivato pour te guider dans c’te jungle.
Une fois dans la voiture, il faut se réhabituer aux poussières de terre rouge, aux fumées noires de gasoil des taxi-be, à l’encombrement et aux déjections des charrettes à bœufs, à ces putains de nids-de-poule…c’est cauchemardesque mais c’est ce qui fait le “charme du pays”.
Ce qui y a de bien au pays, c’est les potes…et les cousins.
Les potes d’ici savent toujours très bien t’accueillir, te sortir, t’amuser. Même si le plan maskita+THB à 67Ha ou faire le branleur à Analakely est d’un classique pour eux, ils feront quand même l’effort de te faire découvrir à toi qui ne connaît pas et ainsi te faire passer de bons moments.
Bien sûr, avec le temps, tu t’apercevras que dans la bande, y a des profiteurs :
“Nj, tu payes l’essence ? Oui, 200.000 Fmg ça ira pour faire Ambohijatovo-Analakely. Ben oué elle bouffe ma caisse.”
ou encore les :
“Oh Nj j’ai plus de cash pour le droit d’entrée ! On est juste…Quinze ? Ca va !”
Sans compter les regards fuyants quand tu lanceras au resto “on partage la note ?
“
L’autre truc bien au pays…c’est les filles. J’en parlerais d’ailleurs dans un autre article. Juste qu’elles sont un chouïa matérialistes mais bon, tant que t’as les euros, tout va bien cousin nan ?
Bien sûr, euros que tu devras aller changer au black à Antsahavola en prenant le risque de te faire braquer le slip mdr…
Bref, “Dudez, Bebex and Girlz” voilà le schéma-type du “revy gasy” de l’andafien. C’est super, jusqu’à ce que l’on soit de nouveau confronté aux réalités malgaches.
J’étais en train de manger un sandwich avec les potes à Planète Ambohijatovo, quand soudain un vieux tout sale et en haillons s’approche de la vitre extérieure qui nous sépare. Il se met à lorgner sur mon pain…s’approche le regard livide…et tout d’un coup il cogne la vitre avec ses deux mains…je sursaute….le type avait l’air affamé, à bout, fixant toujours ma bouffe….il reste comme ça cinq minutes puis repart.
Je me suis précipité aux toilettes, j’ai tout gerbé…et je ne suis plus arrivé à manger quoi que ce soit pendant au moins trois jours. Les images sont restées dans ma tête pendant des semaines.
“Qu’est-ce qui m’arrive ?” me demandais-je, j’avais pourtant l’habitude de ça avant…mais c’est vrai, c’est là que j’ai réalisé qu’avec l’éloignement j’avais oublié un peu tout ça.
La seule chose à faire c’est de prendre sur soi et de supporter. C’est à ce moment-là que je me suis dit “il faut que je fasse quelque chose pour ce pays”, on ne peut pas vivre heureux si tout le monde autour de soi est miséreux et malheureux. No we can’t.
Il y a des gens, notamment des étrangers, qui se disent en me voyant envoyer balader des mendiants que je ne suis qu’un “sale petit bourge n’y connaissant rien aux réalités malgaches”.
Qu’est-ce qu’ils en savent de ce que je suis ? De ce que j’ai dans ma tête ? De ce par quoi je suis passé ? Ce à quoi j’ai réfléchi avant d’adopter cette attitude ?
C’était à cette époque que j’ai commencé également à réfléchir à ces problématiques de pauvreté, j’avais entre autres distingué la pauvreté malgré le travail et la pauvreté dans l’oisiveté.
Alors quand un mendiant de cinq ans te jette au nez un billet de 500 francs en te disant “tsy ampy!“ pendant que d’autres se crèvent le cul au taff et ne bouclent pas la fin du mois…non, il y a une distinction à faire dans les pauvres. Il faut savoir se montrer sans pitié avec certains.
“Ce qui ne te tue pas, te rend plus fort” (Nietzche). J’ai du passer par bien d’autres épreuves que cet épisode de la vitrine de Planète. Bien plus glauque.
Ça doit être pour ça qu’au bout de ces années, j’apparais si cynique et si froid.
Une connaissance qui m’avait vu débarquer pour mon retour m’avait lancé en me voyant il y a quelque mois :
“Nj, ton visage à changé, il est plus dur, marqué…on dirait que t’as mûri…”
Ouech, elman me confirme, c’est ce qui se passe quand tu vis ici…

