boston thb finday foza orana

“Le crime ne paie pas”…qui est l’idiot qui a bien pu inventer cette phrase ? Je l’ignore mais si je tenais ce bouffon, je lui dirais bien ma façon de penser.

Cette phrase, c’est pourtant une “morale”, une “valeur” qui apparaît souvent dans nos contes et dessins animés pour enfants, c’est ce qu’on nous inculque dans notre éducation…enfin la mienne en l’occurrence.

Bref, comme beaucoup d’entre vous, j’ai été élevé dans les valeurs “Walt Disney” de bonté, d’amour, de générosité, de solidarité….bref “I was Bambi”.

Bambi Nj dans la jungle tananarivienne où sévissent profiteurs, escrocs, voleurs, filles de joie, fonctionnaires véreux…c’est toute une histoire dont vous avez quelques anecdotes dans mes chroniques.

Il y a une série télévisée qui a bercée mon enfance “Tribunal”, vous connaissez ? Oui, ces procès qu’on mettait en scène dans un genre de théâtre télévisé. J’y comprennais pas grand chose mais j’aimais bien.

Plus tard, on avait droit à des séries “justicières” : Le Rebelle (Reno Raynes), Les Dessous de Palm Beach (hmm), Walker Texas Ranger, Matt Houston, Mac Guyver, L’Agence tous Risques….etc….

Toutes ces séries (américaines à part tribunal) prônaient des valeurs communes : la lutte du bien contre le mal, la justice.

Quelle stupeur pour le bambi conditionné à “l’État de droit”, de se voir confronté à “la Justice malgache”….

“Trop honnête, trop bête.”

Justice malgache…l’Injustice malgache serait le terme le plus approprié.

Avocats véreux qui font traîner les procès pour vous facturer plus, juges qui monnaient leur jugement contre espèces sonnantes et trébuchantes, greffiers qui jouent les intermédiaires, procureurs affamés qui mènent des opérations de racket avec des policiers ripoux…ouep pas joli à voir la “Boston Justice” pour rendre hommage à nos clopes nationales.

La Boston Justice, j’y ai été confronté dès ma plus petite enfance. Au collège, pendant la récréation pour être précis, un gamin d’une autre classe était en train de scander partout que mon père allait faire de la prison. J’étais furieux, je voulais lui casser sa gueule à cette enfoiré qui gueulait à tout bout de champ devant tout le monde :

“Nananèreuh, ton papa il va aller en prison ! C’est un criminel euh ! Nananèreuh !”

Mes parents aillant toujours la facheuse tendance de me tenir à l’écart de leurs affaires d’adultes, j’ai bien entendu été surpris de l’apprendre, jusqu’à preuve du contraire, mon vieux n’était pas un mafiosi.

En rentrant de l’école, je suis donc allé demander des explications au principal concerné qui m’a adressé une fin de non-reçevoir “mêles toi de tes oignons fils”. Tsss…tu fais chier.

Plus tard, adulte, je me suis renseigné sur cette affaire : il s’agissait d’un règlement de comptes politique, un politicien voulait se débarrasser de lui avec comme d’habitude un dossier bidon. C’est ça la joie des hautes sphères.

Mon père n’a pas été condamné et a été blanchi. Mis-à-part, les gardes à vue de la DGIDE, l’équivalent à l’époque de la Commission Nationale Mixte d’Enquête (CNME) de la HAT, il n’est évidemment pas allé en prison.

Cette histoire étant désormais classée pour lui dans “bonne vieille anecdote du passé”, j’ai voulu en discuter avec lui, qu’il me dise tout, comment il avait géré. Après tout, ça pourrait aussi m’arriver ce genre de situations.

Il m’a dit que le dossier était vide mais que le politicien en question avait graissé la patte du juge. Ce dernier lui avait d’ailleurs dit “Je sais bien que y a rien dans le dossier mais ce gars a pris toutes les dispositions pour vous foutre au trou”.

“Et alors, comment t’as fait ?” l’interrogeais-je.

“Bah, le juge m’a donné le prix de ce que l’autre allait lui donner, j’ai fait une contre-proposition. On a joué aux enchères quoi. J’ai fait l’offre la plus intéressante. Voilà.”

Décidemment pourris les juges dans ce pays…là où c’est plus glauque c’est que, vous saviez le sale gamin qui mouchardait dans la cour de récré ?

Je me suis toujours demandé comment il était au courant de l’affaire vu que même les médias n’ont en pas parlé…

Je l’ai su plus tard : le juge…c’était son père :)

Si je revois sa sale gueule celui là, je lui balancerais bien quelques piques sur son pourri de père…ou mon poing tout court.

Des histoires sur la Boston Justice, il y en a plein :

  • un soulard qui se jette sous les pneus d’un gars, la famille du mort qui fait chanter le gars “tu nous donnes tant de millions et on lève notre plainte” en graissant la patte des gendarmes pour falsifier les rapports….
  • un gars qui agresse et qui mord (si, si) ses voisins et qui est “relaxé au bénéfice du doute” malgré les témoignages et la belle marque de dents dans la chair des victimes…
  • une société pétrolière qui voulait recouvrer ses créances auprès d’une station service et qui voit ses comptes bloqués par le mauvais payeur qui a porté plainte et arrosé les flics…

Et dans le contexte actuel de perquisitions sans mandats pour piquer des sous aux familles, de militaires qui se prennent pour des Officiers de Police Judiciaire, de réquisitions au motif de trouver des armes mais où on emporte le 4×4, le ciment, le PPN…. il doit y en avoir de plus en plus.

J’aime bien cette anecdote de Nicolas Cage dans Lord of War :

On dit: “Le mal l’emporte quand les hommes de bien se croisent les bras” ce qu’on devrait dire c’est, le mal l’emporte.

Mais je ne finirais pas cette article avec cette citation, la Boston Justice, je compte bien y mettre un terme un jour, avec votre concours (rime).

J’ai quelque idées dans la tête pour ça mais elles sont tellement hardcore que la décence m’interdit d’en faire part sur ce blog.

Je vous livre quand même le concept de base : chez les individus, il y a deux facteurs qui peuvent les pousser à rester sur le droit chemin : la honte et la punition.

Dans un pays où “tout est bizness”, où tout se monnaie, où les juges, les flics parce qu’ils connaissent leurs pairs sont impunis. Dans ce pays, il n’y a pas de morale, il n’y a pas de honte, il n’y a pas de punition.

Après on s’étonne qu’on bafoue la Constitution, les lois, qu’on fait des coups d’Etat, que les investisseurs ne viennent pas...

La Justice est vitale pour la confiance des citoyens et des entreprises.

Pourquoi vivre dans un pays où n’importe qui qui va m’agresser et me voler restera impuni ?

Pourquoi investir dans un pays où l’on peut brûler et spolier mes biens en toute impunité ?

Voilà pourquoi il faut mettre en place ces mécanismes qui installeront une vraie justice à Madagascar. Pas le choix, faut y aller.

14 Responses to “Chronique d”un Gasy d’Andafy #04 : La Boston Justice”

  1. Madagascan Says:

    Interessant, hier je discutais avec un collègue sénégalais, il me disait que pour lui, il suffit dans un pays d’une cinquantaine de cadres bien formés et incorruptibles (pour citer une autre série) bien placés dans les ministères pour remettre un pays en marche. Il citait la justice comme le point central. Il faut que la justice inspire la même crainte à tous les citoyens. En quelques années, après quelques affaires bien retentissantes, les gens prendront le pli et les dérives seront oubliées.

    C’était le but du Bianco. Je n’ai aucune idée de pourquoi le Bianco a failli à sa mission. Quand on voit les stats du bianco, on s’apperçoit que plus de 90% des plaintes ne peuvent être instruites par manque de preuves. Mais quand on corromp un juge, on signe rarement un contrat avec lui, et il fournit jamais la facture! Quelle preuve à part éventuellement un témoin?

    Pour moi le Bianco doit prendre le problème à l’envers.
    D’une part les déclarations de patrimoine doivent être obligatoires (du genre tu ne perçois pas tes indemnités de ministre ou de parlementaire tant que ton dossier patrimonial n’a pas été déposé), et d’autre part, pour chaque plainte, des enquêtes sérieuses doivent être menées sur le train de vie de l’accusé. Et traquer toute anomalie. Comment un commissaire de police peut il rouler en 4×4 et mettre ses enfants dans des écoles privées? Comme un juge peut il avoir une superbe villa à Tanà? etc… Et si ces gens là n’arrivent pas à justifier leurs dépenses par des revenus concordants, la plainte est recevable et le dossier est transmis à la justice.

  2. njnb Says:

    Ok, Madagascan mais il faut être réaliste et “empathique” quand même.
    Plutôt que de chasser bêtement la corruption en ce basant sur les faits visuels (il a un 4×4, il a une villa…) il faudrait d’abord s’interroger sur “pourquoi il y a de la corruption ?”

    Pour moi, le principale facteur c’est clairement la faiblesse des salaires. Et je parle de la corruption du secteur public mais également du secteur privé.

    Il faut mettre en place un bâton comme le bianco, mais il faut également mettre en place une carotte.

    Le type a la mairie qui touche 250.000 Fmg par mois avec souvent deux ou trois mois de retard, il ne va certainement pas dire non à 25.000 Fmg pour accélerer UNE légalisation.
    Et si il n’y a quasiment aucune chance qu’il se fasse virer/aille en taule…il est complètement deshinibé.

    • Tiana HR Says:

      Moi je vous dis, les malgaches ont perdu leur valeur. Ils ne savent plus la notion du bien et du mal. Ils pensent que le fait de ne pas profiter des prérogatives qu’ils detiennent est un acte de suicide et celà qu’on soit balayeur de rue, fonctionnaire, agent de crédit, directeur, ministre et même président de république. Si on sait que voler est mal, on ne le fait pas. Comment allons-nous faire pour enraciner cette notion de bien et de mal. On peut toujours argumenter la raison du putsch comme la volonté du peuple mais ce n’est pas bien de prendre le pouvoir de façon illégal.

  3. T. Says:

    njnb: je ne pense pas que cela se limite à la “faiblesses des salaires”. C’est une mentalité de “je peux avoir un peu plus, pourquoi me limiter (cf le juge)” et du “laisser faire même si c’est injuste (cf. le père et ceux qui ont pu témoigner contre cette fausse plainte”. C’est la justice au plus offrant et c’est dommage. Après, c’est à chacun de changer petit à petit la mentalité de ceux qui l’entoure.

  4. neil Says:

    nj>>

    mais n était ce pas; quand tu parles de problème de “salaire bas” donc à augmenter absolument, une des mesures adoptées par ravalo à ses débuts concernant les ministres et la fameuse “obligation de résultats” qui justifierait les salaires “indécents” aux yeux du petit malagasy?

    y a un gros arbitrage à faire dans cette histoire de salaire

  5. elman Says:

    la justice, un gadget réservé aux pays riches…

  6. Feng Chou Says:

    Ayant besoin d’un certificat de nationalité, cette brave femme va au tribunal d’une ville de la SAVA. Elle obtient son document rapidement et sans autre versement que celui du timbre fiscal dont le montant était annoncé sur une affiche.

    Quelques années plus tard cette même femme doit fournir la preuve de sa nationalité. Elle présente le document obtenu précédemment et la greffière lui dit qu’il lui faut un autre certificat car celui qu’elle présente n’est pas lisible !
    Un autre certificat lui sera délivré moyennant une certaine somme au bout de deux semaines, et au bout de deux jours moyennant le versement d’une somme certaine.

    Cette historiette date de 20 ans maintenant.

  7. Verohanitra Says:

    Plus que jamais en ces temps incertains, la justice devient l’injustice, en deux trois mouvements, l’on se retrouve en taule encore tout ahuri et se demandant “m’enfin ! Qu’ai je fait pour être ici ?” . Et l’on vous répondra : “tu y es et tu y resteras jusqu’à nouvel ordre !”
    Mais il n’y a pas que la justice, nos valeureux bidasses qui se vendent au plus offrant. Je n’ai pas osé regarder la revue hier. J’en avais honte pour eux !
    Tout se vend, tout se monnaye y compris un coup d’état !

  8. Misinformation Says:

    J’aime bien ton article, et la façon dont elle s’étale: on peut imaginer derrière un esprit clairvoyant, et lucide. Les idées s’enchaînent et sont faciles à saisir, les illustrations est un chef d’oeuvre.

    Cette semaine, je me rends une fois de plus compte de la forme de corruption – rendue bien publique cette fois par le biais de mérites en argent liquide octoyées aux militaires de la capsat – indiscutablement la HAT se sert de la corruption comme base d’outils de répression.
    Résultats? Arrestations par-ci, lacry entre autres, tirs par là, … va se faire comme auparavant si cette liquidité ne leur fasse défaut?

    A celui qui a écrit cet article, je vous envie rien que d’être dans de circonstances et position propices à la liberté d’expression, loin du tourment.

    Merci, et que celui-ci soit retenu et remis en 1ère ligne de temps à autre, on en a besoin…

  9. Lucie Says:

    En effet,parlons de la justice.
    Là où existe un Etat de droit , la démocratie peut espérer
    s’installer durablement . Ce qui n’est pas le cas de Madagascar depuis bien longtpemps.

  10. itoss Says:

    ny fiarahamonina mihintsy no efa simba.

    Tsy mandaitra intsony izany “henatra amin’ny tany amamonina” izany izao raha tsy hoe any ambanivohitra angaha, satria any mbola mifampiankina ny tsirairay … raha tsy hiteny afatsy ny valin-tanana fotsiny aho!

    ny momba ny sazy indray, jereo fotsiny ny manodidina anareo : ny zaza ankehitriny ! fa maditra tsy laitra tenenina daholo, satria tsy voasazy ! . Vokatry ny fitaizana daholo izany.
    Nandritra ny fanjanaha-tany no nitaizana ireo manambola sy manampahefana ho tsy maty manota … dia mandrak’ity ny androany !
    Fa t@ andron’ny faham-panjaka toa ny andrian-dehibe ihany no tsy maty manota … ary vitsy dia vitsy izy ireo ;-)

  11. Zakabe Says:

    njnb>> “Pour moi, le principal facteur [de la corruption] c’est clairement la faiblesse des salaires.”

    Même si le salaire n’est pas élevé, personne n’a forcé les juges à être juges! Ils savaient à quoi s’en tenir en entrant dans cette profession. La faiblesse du salaire est une fausse excuse. Ce n’est qu’une piteuse feuille de vigne destinée à cacher tous les défauts.

    Par ailleurs, restons honnêtes, le système judiciaire malagasy n’est pas pire ou meilleur qu’ailleurs.

    Comme dans tous les pays du monde, le système judiciaire malagasy est composé d’hommes et de femmes avec leurs qualités et leurs faiblesses. Je suis même certain qu’il y a de nombreux hommes et femmes intègres et de très grande valeur.

    Là où notre système pèche, c’est qu’il n’y a personne pour sanctionner les écarts. Le système judiciaire est comme un arbre. Il pourrit lorsque personne ne vient pour couper les branches malades.

    Il faut donc revenir aux fondamentaux: “Kapao raha manimba ny tany!” Une fois que cette décision est prise, l’unique question sera “Qui tiendra le coupe-coupe?”

    Personnellement, en tant que praticien de la justice malagasy, je suis candidat. Encore faut-il que je sois choisi!

    Le conseil de discipline de la magistrature est lui-même composé de magistrats. Or, c’est bien connu, les requins ne se mangent pas entre eux. Au-delà du reflexe corporatiste naturel, quelle garantie d’indépendance et d’impartialité peut-donc fournir un magistrat qui doit juger un autre magistrat?

    Le ministre de la Justice pourrait aussi servir de contrôleur. Cependant, nos gardes des Sots ont tous été, à de rarissimes exceptions près, des magistrats qui ont une carrière à préserver et qui ne veulent pas déplaire à ce corps dans lequel ils doivent revenir après leur passage au ministère.

    Le BIANCO pourrait être un alternatif viable à condition d’être totalement indépendant des interférences politiques. Hélas, jusqu’à présent, le BIANCO n’a pas encore rapporté la preuve de son efficacité.

    Tout ceci pour dire que la solution existe. Elle ne coûte rien sur plan financier. Elle demande juste un peu de volontarisme.

  12. racynt Says:

    tu pètes la forme en ce moment nj! moi j’attendais pas qu’un foza vienne me dire que mon vieux devrait aller en taule, au lycée pour rire , dès que j’entendais la sirène des flics, je disais à tous le monde :” purée, encore mon vieux qui s’est fais chopé par ces tarlouzes!”

  13. onja Says:

    à chaque fois que je lis un de tes articles, j’accoure sur les commentaires de racynt, j’aime bien son humour!


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